Gestion d'un projet d'application mobile
Pilotage fonctionnel, matériel et conduite du changement pour 20 chauffeurs.
1. Introduction
Cette réalisation s'est déroulée dans le cadre de mon alternance. L'entreprise souhaitait déployer une application mobile afin d'optimiser la logistique et le transport de la collecte de céréales. J'ai eu pour mission de piloter le projet de A à Z pour la partie fonctionnelle et matérielle de l'application : tests fonctionnels de l'application, retours aux développeurs externes, choix et configuration du matériel (smartphones), et accompagnement au changement pour une flotte de 20 chauffeurs.
2. Les objectifs
2.1. Objectifs techniques
- Réaliser les recettes (tests de l'application) et centraliser les rapports de bugs
- Sélectionner un modèle de smartphone adapté (budget, couverture réseau)
- Déployer une flotte de 20 téléphones mobiles prêts à l'emploi pour un secteur métier non habitué aux outils numériques
2.2. Objectifs non techniques
- Gérer la communication avec l'agence de développement externe
- Gérer la conduite du changement auprès de chauffeurs réticents à la technologie
- Optimiser les axes d'analyse de performances en récupérant les données de l'application
3. Le contexte et les enjeux
Avant ce projet, l'entreprise n'avait aucune visibilité ni statistiques sur la partie transport. Les agriculteurs appelaient un technicien au dépôt, qui devait lui-même appeler un chauffeur pour l'envoyer dans un champ. Ce système générait une perte de temps immense et ne permettait pas de mesurer les performances (distances, temps de trajet). L'application devait automatiser et simplifier ce flux.
Enjeux principaux : Le premier enjeu était matériel et financier : il fallait équiper 20 chauffeurs (10 titulaires et 10 intérimaires en période de forte demande) avec un smartphone performant, capable de capter la 4G au milieu des champs, sans exploser le budget. L'autre enjeu, crucial, était humain : faire accepter cet outil à des professionnels habitués à travailler uniquement au téléphone.
Risque principal : Le rejet de l'application par les utilisateurs finaux. Si l'application buggait sur le terrain ou si le téléphone captait mal, les chauffeurs retourneraient immédiatement à l'ancien système par appel téléphonique, faisant échouer tout le projet de numérisation. Il était donc crucial de concevoir une application aussi fonctionnelle et simple d'utilisation que possible.
4. Les différentes étapes du projet
4.1. Cadrage métier et rédaction du cahier des charges
Le projet a démarré par une immersion avec la partie métier (les logisticiens et chauffeurs) pour identifier précisément les limites de l'ancien fonctionnement par appels téléphoniques. J'ai synthétisé les besoins de la direction (traçabilité, géolocalisation) et ceux du corps de métier (gestion des tournées des chauffeurs) dans un cahier des charges détaillé. Ce document a servi de socle technique et contractuel pour exprimer notre besoin exact à l'agence de développement externe Send-Up, définissant les fonctionnalités incontournables avant même la première ligne de code.
4.2. Assurance Qualité (QA) et tests terrains embarqués
La phase de recette n'a pas pu se limiter à des tests en laboratoire. J'ai d'abord utilisé une application de spoofing GPS au siège, mais je suis rapidement passé aux tests en conditions réelles. Je conduisais dans les zones agricoles mal couvertes par la 4G, pendant que ma collègue utilisait la console logisticienne pour m'envoyer des missions. Je documentais chaque perte de session ou échec de synchronisation dans des rapports détaillés, constituant notre base d'échange technique lors des réunions hebdomadaires avec les développeurs de Send-Up pour valider les correctifs des nouvelles releases.
4.3. Étude matérielle et configuration logicielle de la flotte
Pour équiper la flotte, j'ai ciblé un smartphone garantissant une accroche réseau optimale en zone blanche. J'ai sélectionné le OnePlus Nord CE 3 Lite, car il intégrait le maximum de bandes de fréquences 4G (notamment les bandes basses 700/800 MHz) dans notre budget. Sans solution MDM, l'enrôlement a été manuel. Pour les 20 téléphones, j'ai activé les options développeurs, autorisé l'installation d'applications tierces, téléchargé le package .apk via un lien privé hébergé par le prestataire, et configuré les comptes locaux.
4.4. Ingénierie des flux de données et Business Intelligence
Pour rapatrier les données de géolocalisation et de kilométrage dans notre système d'information, nous avons mis en place un flux de transfert sécurisé avec le cloud du prestataire. Ce dernier générait des exports bruts au format CSV que nous récupérions de manière automatisée via le protocole SFTP. Ces fichiers étaient ensuite ingérés localement dans notre logiciel de Business Intelligence, MyReport, générant des tableaux de bord pour calculer le coût de revient kilométrique par chauffeur en croisant ces données avec les tonnages de l'ERP.
4.5. Conduite du changement et formation des utilisateurs
Pour faciliter l'adoption de l'application par les chauffeurs, qui n'étaient pas habitués aux outils numériques, j'ai remplacé la traditionnelle documentation papier par la création d'un tutoriel vidéo clair et dynamique. Ce support visuel a permis de démystifier l'outil instantanément lors de la distribution des smartphones. Ensuite, j'ai organisé et co-animé une journée complète de démonstration et de formation sur site. L'entreprise développeuse était présente, ce qui nous a permis de former directement les logisticiens à leur nouvelle interface web, de former les chauffeurs à l'application mobile, et de répondre à toutes leurs interrogations pour assurer une transition fluide.
5. Les résultats
5.1. Pour moi
D'un point de vue technique, j'ai assimilé la méthodologie rigoureuse de l'Assurance Qualité (QA) logicielle et j'ai affûté ma compréhension des flux d'intégration de données via SFTP et CSV. D'un point de vue personnel, j'ai énormément progressé en communication : j'ai appris à traduire des frustrations de chauffeurs en requêtes techniques précises pour des développeurs, et j'ai développé ma pédagogie pour faire accepter un outil numérique à un public réfractaire.
5.2. Pour l'entreprise
Malgré une forte réticence initiale, l'adoption par les chauffeurs a été un succès. L'application leur a permis d'optimiser leurs trajets de manière autonome. Pour la direction, le projet a permis une mise en place du suivi financier. L'entreprise dispose désormais d'indicateurs précis dans MyReport permettant de calculer le coût de revient réel des missions logistiques, ainsi qu'un calcul plus précis du secteur du transport dans l'entreprise, une donnée devenue stratégique avec la hausse des coûts du carburant.
6. Ce que je retiens
Ce projet m'a enseigné que la composante matérielle et la conduite du changement sont souvent plus critiques que le développement logiciel lui-même. Mon apport majeur a été l'exécution des tests en conditions réelles dans les champs et la création d'un tutoriel vidéo qui a brisé la résistance technologique des chauffeurs. Mon regard critique se porte sur le déploiement matériel : j'ai configuré les 20 téléphones manuellement un par un. C'était une erreur stratégique et chronophage. Si c'était à refaire, j'utiliserais une solution de MDM (Mobile Device Management) pour automatiser l'enrôlement des appareils et gérer les mises à jour de l'application à distance de manière centralisée.
7. Les lendemains du projet
Dans l'immédiat, le projet s'est poursuivi par la journée de formation sur site, suivie de quelques semaines d'assistance rapprochée où je répondais aux questions d'utilisation quotidiennes des logisticiens. À distance, les appels au support ont totalement cessé, l'outil étant parfaitement adopté. Aujourd'hui, l'application Send-Up est un standard dans les processus de Qualisol. Le matériel sélectionné tient la charge. Il est cependant prévu de mettre en place une solution MDM (le choix se portant pour l'instant sur Microsoft Intune) afin de pouvoir gérer plus efficacement le déploiement des nouvelles versions, des mises à jour logicielles et du cloisonnement de l'utilisation du smartphone. Ce choix est dû à une autre application qui vient d'être déployée et qui nécessite aussi une flotte mobile. Nous prévoyons aussi de mettre nos smartphones en mode kiosque, afin de limiter leur usage annexe et de réduire les coûts de données mobiles apparus, étant donné que nous n'avions pas limité ces accès.